Dans cette rubrique, on va tenter de comprendre l'iconographie monétaire du dieu Sol en étudiant chacune de ses composantes.

La couronne radiée

Dans les représentations artistiques de la Grèce, le dieu-soleil Hélios est un jeune homme magnifique, à la chevelure d'or d'où émergent des rayons lumineux, irradiant sa tête et tout son être.

A l'époque héllénistique, les souverains Séleucides en particulier, sont coiffés parfois d'une couronne à rayons - la "corona radiata" ou couronne radiée - pour imiter le Soleil. Cette coiffe symbolise donc la souveraineté, rôle du Soleil dans l'Univers selon les Anciens.

A l'époque romaine, les empereurs divinisés sont coiffés de la couronne radiée solaire, marque de leur accession éternelle au monde céleste et divin.

Sur les monnaies à valeur double (dupondius puis antoninien) le portrait impérial est coiffé de la couronne radiée.

Au IIIe siècle, le Soleil est la divinité la plus populaire comme en témoigne bien l'abondance du matériel numismatique.

Dans sa "Vie de Gallien", l'"Histoire Auguste" cite l'extrait suivant: "Il parsema sa chevelure de poussière d'or et porta souvent dans ses déplacements une couronne radiée".(H.A. Gallien, XVI, 4)

Le globe universel

Sur les revers monétaires, la figure iconographique la plus fréquente est celle du dieu Sol debout de face ou à gauche, tenant un globe dans la main gauche.

Cet attribut est la marque de la domination du Soleil sur le Monde. C'est l'insigne de sa souveraineté.

Mais ce globe est-il de nature terrestre, céleste ou les deux?

En fait, jusqu'au VIe siècle avant J.-C., les scientifiques (astronomes, mathématiciens...) supposaient que la Terre était une sorte de disque flottant sur un Océan infini. Les travaux d'Anaximandre, disciple de Thalès, ont introduit le modèle de la "sphère céleste" - figure géométrique parfaite pour les philosophes grecs - pour représenter un Univers ayant pour centre la Terre. Il s'agissait alors de pouvoir positionner au mieux les astres observés depuis le sol.

En étudiant les éclipses de Lune, Pythagore, suivi par Aristote, se sont assurés de la sphéricité de la Terre. Toutefois, selon ce dernier, la Terre est une sphère immobile, formée de de quatre éléments (eau, air, feu et terre), au centre d'un Univers formé de nombreuses sphères emboîtées. Elle est séparée du monde céleste parfait (Ether) par la Lune.

Dans ce système universel, selon les philosophes stoïciens, le Soleil est la source de lumière intelligente qui anime le mouvement des astres.





Le fouet de l'aurige

Le deuxième attribut détenu par le dieu Sol est le fouet, et plus exactement celui de l'aurige. Dans les jeux gréco-romains, ce personnage est le conducteur des chars de courses tirés par des chevaux.

En effet, n'oublions pas que pour les Anciens, la course du Soleil dans le ciel, de l'est vers l'ouest, est celle du char lumineux d'Hélios (ou Sol) tiré par quatre chevaux. Son rôle est d'apporter la lumière et la chaleur, vertus essentielles pour le développement de la vie.

Le fouet est donc l'instrument permettant au Soleil de guider et de faire avancer le quadrige équestre.

Mais c'est aussi la marque de son invincibilité.

La main droite levée

L'une des caractéristiques récurrentes de la représentation de Sol est le fait qu'il lève en l'air sa main droite, qu'il soit en position fixe ou en mouvement, avec ou sans le quadrige.

Et plus exactement, il lève en l'air son bras droit, rarement tendu mais plutôt infléchi au niveau du coude, la paume de la main ouverte.

Ce geste est considéré comme un simple signe de salutation (comme les empereurs lors d'un adventus par exemple) ou de bénédiction. Sur des monnaies d'Aurélien à Probus, légendées "Providentia Deorum", le dieu Sol effectue ce geste en direction de "Fides Militum". Il semble donc accorder sa bénédiction et sa protection aux soldats de l'armée impériale.

On peut aussi voir dans ce geste le pouvoir victorieux de Sol qui repousse les ténèbres et apporte la lumière au petit matin.

La chlamyde enroulée autour du bras gauche

Généralement, le dieu Sol est représenté nu, un simple manteau retombant de ses épaules. Cet habit appelé chlamyde est présenté le plus souvent enroulée autour du bras gauche pour retomber derrière en un large pan.

Sur l'image ci-contre, l'action plus dynamique de la divinité est mise en relief par l'avancée de la jambe droite et un manteau flottant aux vents.



La chlamyde retombant des épaules

Plus rarement, la chlamyde n'est pas présentée enroulée autour du bras gauche mais retombe entièrement derrière le dos depuis les épaules. On peut alors l'assimiler au paludamentum. Ce dernier est le manteau de pourpre des généraux en chef, des imperatores. C'est donc un vêtement militaire associé aux fonctions du commandement.



L'arc de combat

Sur cette monnaie d'Aurélien, émise en 275 lors de la campagne persique, le dieu Sol est représenté en guerrier, écrasant ses ennemis.

Pour une fois, il ne tient pas dans ses mains le globe ou le fouet mais un arc de combat et une branche de laurier. Ces éléments sont à rapprocher du dieu solaire Apollon même si ce dernier est plutôt un dieu guérisseur à l'époque concernée.

On peut aussi supposer que Sol s'est emparé de l'arme offensive préférée des Perses et ainsi, qu'il a triomphé de ses ennemis.


Le vexillum

Sur cette autre monnaie d'Aurélien, les monétaires nous proposent une iconographie très originale de Sol. Ce dernier abat toujours un ennemi tombé à terre mais tient dans sa main gauche le globe surmonté d'un croissant et un vexillum dans sa main droite, tenu comme une haste.

Le vexillum est l'enseigne militaire des cohortes, formé d'un carré de toile à franges, brodé d'un motif, fixé sur une hampe en bois. Ce revers n'honore donc pas la légion mais une de ses divisions.

Il est vrai que depuis Septime Sévère, on tend à réadapter la stratégie militaire en employant plutôt des cohortes ou des détachements de cohortes (vexillationes) pour assurer la sécurité sur tel point. Il s'agit d'intervenir avec plus de mobilité sur les fronts sans dégarnir totalement un autre secteur sensible.

Il est possible que la présence inhabituelle du croissant de lune sur le globe soit l'indice d'un recrutement oriental des cohortes, le dieu Lune étant honoré en Orient.


Le quadrige galopant à gauche

Généralement, les monétaires représentent le quadrige solaire galopant vers la gauche pour prendre son envol.

On voit bien ce mouvement d'impulsion avec une extension des pattes des chevaux vers le haut et un basculement de la caisse du char. Le Soleil semble propulser l'ensemble en tendant sa jambe gauche tout en tenant les rênes. Sur cet exemplaire, il porte en même temps le globe et le fouet dans la main gauche et lève la main droite.

Le quadrige sort des ténèbres pour s'élever vers les cieux en direction de l'Occident.


Le quadrige de face

Sur les monnaies de Probus en particulier, le quadrige est souvent représenté de face, de manière écartelé.

Le Soleil, en tant qu'aurige, est vu debout de face dans la caisse de son char. Il lève la main droite et tient le fouet. De part et d'autre, les chevaux sont divisés en paires, ceux du centre retournant leurs têtes vers l'intérieur.

On a donc affaire à un quadrige en plein mouvement, les chevaux agités. Le monétaire semble nous offrir une vue spectaculaire de l'envol ou de la course du quadrige dans le ciel.




Site web créé avec Lauyan TOWebDernière mise à jour : dimanche 10 décembre 2017